3.2

Observance de l’hygiène des mains

L’hygiène des mains joue un rôle clé dans la prévention des infections : c’est par les mains que se transmet la majeure partie des microbes pathogènes. A la base de toute profession soignante, son observance est particulièrement importante dans un hôpital. Les germes y sont nombreux et les patients fragilisés, certains étant précisément hospitalisés pour des infections. Le Service de médecine préventive hospitalière du CHUV est extrêmement attentif à ce danger.

L’observance de l’hygiène des mains est évaluée selon les critères de l’OMS, qui définit cinq « opportunités » ou moments clés au cours desquels un membre du personnel soignant doit se désinfecter les mains : (1) avant d’entrer en contact avec un patient, (2) avant de procéder à un acte invasif (comme poser une sonde), (3) après tout contact avec un patient ou (4) avec son environnement immédiat, ou (5) après avoir été en contact avec un liquide biologique tel que le sang. L’OMS définit cinq moments clés au cours desquels il faut se désinfecter les mains.

L’OMS définit cinq moments clés au cours desquels il faut se désinfecter les mains.

Le Service de médecine préventive hospitalière mesure chaque année l’adéquation aux recommandations de l’OMS par des audits auprès d’une douzaine de services du CHUV. Il promeut également l’hygiène des mains depuis de nombreuses années par des actions pratiques (voir interview ci-dessous).

Observance globale

Les audits effectués chaque année observent un grand nombre d’indications à des mesures d’hygiène des mains (1527 en 2014) auprès de divers professionnels. On reporte un geste d’hygiène des mains lorsqu’il a été effectué selon les recommandations. En 2014, une désinfection a bien été effectuée dans 81 % des moments clés définis par l’OMS. C’est un très bon résultat par rapport à ce qui est publié dans la littérature scientifique. L’évolution de l’indicateur dénote également une amélioration sensible d’année en année.

Taux d'observance

"L’hygiène des mains s’apprend aujourd’hui dès les formations de soins"

Interview

Prof. Giorgio Zanetti
Chef du Service
de médecine préventive hospitalière

Pratiquée au CHUV depuis longtemps, la désinfection des mains atteint en 2014 de très bons niveaux d’observance au sein de l’institution.

L’observance de l’hygiène des mains s’est très fortement améliorée au CHUV depuis 2005.

Il faut d’abord souligner que l’attention à l’hygiène des mains est une chose relativement récente au sein du monde hospitalier. Dans la vie quotidienne du personnel soignant, toutes professions confondues, ce souci émerge dans les années 1980. Il n’est devenu un standard qu’à la fin du 20 ème siècle. En Suisse, en particulier au CHUV, nous nous y sommes engagés très tôt. Voilà longtemps qu’il y a des distributeurs de solutions hydro-alcooliques devant chaque chambre. Mais les observations formelles ne se font que depuis 2005. Notre point de départ, pour cette année-là, se situe donc en moyenne à 50 % d’observance. En 2014, nous sommes à plus de 80 %. Nous voudrions que le produit de désinfection soit encore plus facile d’accès.

Nous voudrions que le produit de désinfection soit encore plus facile d’accès.

Comment expliquer cette évolution ?

Au cours des dernières décennies, l’hôpital a produit des efforts continus pour changer le comportement du personnel soignant à cet égard dans la vie quotidienne des services cliniques. Avec le temps, l’hôpital compte de plus en plus de soignants qui ont appris l’hygiène des mains dès leurs débuts dans la profession. Aujourd’hui, elle est enseignée dans les formations de soins. En tant qu’institution académique, nous l’enseignons aussi aux étudiants en médecine, qui suivent des travaux pratiques. Les stagiaires qui viennent aujourd’hui au CHUV ont tous entendu parler de l’hygiène des mains, et l’ont un peu pratiquée. Lorsqu’ils arrivent dans un service, nous leur en reparlons ; nous les prévenons aussi de ne pas forcément suivre les médecins cadres sur ce point-là. Il est en effet possible que les stagiaires fassent mieux qu’eux...

Quelles ont été les autres actions au sein de l’hôpital ?

Nous avons élaboré plusieurs outils pédagogiques. Nous avons créé des dépliants, qui expliquent les cinq indications de l’OMS, ainsi qu’un module elearning interactif qui montre des situations de soins standards et permet d’évaluer si ce qu’on observe est juste ou faux. Nous organisons des ateliers dans les services. Nous y avons aussi installé des affiches, afin de rappeler les indications de l’OMS. Nous menons également des actions de promotion plus globales, par exemple durant la Journée mondiale de l’hygiène des mains.

Pouvez-vous encore faire des améliorations ?

Nous pouvons encore faire des progrès pour rendre le produit de désinfection plus disponible pour les soignants. Actuellement, chaque chambre est pourvue d’un ou plusieurs distributeurs. On en trouve presque partout dans le CHUV. Mais on peut encore améliorer leur ergonomie. Si vous êtes dans une chambre de cinq personnes et que le distributeur se trouve près du lavabo, ce n’est pas pratique. Nous avons commencé à promouvoir un petit flacon personnel, que les collaboratrices et collaborateurs peuvent clipper à une poche de leur vêtement, mais ça ne fonctionne pas suffisamment bien. Nous avons même eu un problème lorsque les tenues ont changé, parce que les nouveaux vêtements avaient moins de poches... Nous aimerions maintenant trouver un moyen ergonomique et accepté de tous, pour installer le désinfectant près de chaque lit. De cette façon, lorsqu’un médecin ou du personnel soignant arrive auprès d’un patient, le produit sera naturellement sous ses yeux.