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Prévalence des escarres

Depuis 2011, sous l’égide de l’Association nationale pour le développement de la qualité dans les hôpitaux et les cliniques (ANQ), une enquête annuelle de prévalence des escarres est organisée durant la même journée, dans toutes les institutions de Suisse a iliées à l’ANQ. Au CHUV, une centaine d’enquêteurs, des profession- nels spéci quement formés, examinent la peau de 800 patients en moyenne, a n d’identi er le nombre de personnes sou rant d’escarres, que celles-ci soient nosocomiales (acquises durant le séjour à l’hôpital) ou déjà présentes lors de l’admission du patient. Tous les ans, une centaine d’enquêteurs examinent la peau d’environ 800 patients.

Tous les ans, une centaine d’enquêteurs examinent la peau d’environ 800 patients.

L’enquête précise également la gravité de l’escarre selon la classification suivante:

  • Catégorie 1 - Erythème cutané sur une peau intacte ne disparaissant pas à la levée de la pression.
  • Catégorie 2 - Perte partielle de substance au niveau du derme sous forme d’une phlyctène intacte ou non. Catégorie 3 - Perte complète de substance mais les os, muscles et tendons ne sont pas exposés.
  • Catégorie 4 - Perte complète de substance avec exposition des os, tendons ou muscles.

Le taux d’escarres du CHUV est comparé au taux suisse, tenant compte de tous les facteurs de risque (pathologies, durée de séjour, temps opératoire, immobilité, etc.). La comparaison permet de déterminer si le chiffre atteint est, à population comparable, dans la norme suisse, ou s’il est significativement trop élevé.

Prévalence d'escarres nosocomiales de catégories 2 à 4

Après un taux d’escarres significativement élevé en 2011, les mesures qui ont été prises ont permis au CHUV de se placer dans la norme suisse.

Taux du CHUV dans l'objectif

Taux du CHUV significativement au-dessus de l'objectif

Nombre de patients observés

Une trousse d’outils cliniques et de management

Interview

Véronique Sechet
Infirmière clinicienne spécialisée et adjointe à la Direction des soins

Lucie Charbonneau
Infirmière spécialiste clinique
Responsable du programme Objectif zéro escarre

Depuis 2008, un programme institutionnel de prévention des escarres nommé "Objectif zéro escarre" a été mis en œuvre au CHUV, renforcé en 2012 par la «Trousse des mesures minimales requises». Un programme fréquemment présenté comme modèle lors de congrès et autres manifestations sur le sujet.

Quelle est l’origine du programme institutionnel «Objectif zéro escarre» ?

Les escarres sont des lésions de la peau provoquées par un phénomène de pression et de cisaillement, généralement sur les os. Les régions du corps les plus touchées sont le sacrum et les talons. En 2008, le CHUV prend conscience que ses patients sou rent beaucoup trop souvent d’escarres pendant leur séjour à l’hôpital ; un projet est alors dédié à cette problématique. Un protocole de soins standardisé, ainsi qu’une évaluation systématique du risque chez l’ensemble des personnes hospitalisées, sont implémentés. En 2012, constatant une difficulté à mettre en œuvre les recommandations de bonne pratique, prenant également acte des résultats d’enquête de prévalence toujours insatisfaisants, le CHUV élabore un plan d’action sous forme d’une trousse de mesures ayant préalablement démontré leur efficacité dans des programmes internationaux.

Quels sont les axes de la "Trousse minimale" requise pour prévenir les escarres ?

La Trousse des mesures minimales requises a été construite en tenant compte de l’expérience acquise par le CHUV, mais aussi grâce aux connaissances accumulées par les sciences médicales et infirmières, en Suisse et à l’étranger. Elle comprend cinq axes. Le premier consiste à « Clarifier les rôles professionnels ». Afin de responsabiliser chaque collaboratrice et collaborateur à la prévention des escarres, un tableau de l’ensemble des responsabilités a été élaboré, de celles de la Direction des soins jusqu’à celle du patient et de son entourage.

Le deuxième axe, intitulé « Surveillance et prise en charge clinique », consiste à évaluer les risques d’escarres dans les 24 heures après l’entrée d’un patient : on examine son état cutané, sa situation clinique globale, la gestion de la continence, son état nutritionnel, les risques liés à son âge. Si la majorité des escarres survient chez des personnes âgées, tous les âges de la vie sont néanmoins concernés. Après cette évaluation, le personnel soignant planifie les premières mesures qui s’imposent et met en œuvre des actions préventives, notamment en déchargeant les zones d’appui du patient. Le patient et son entourage sont également encouragés à prévenir les escarres par le biais de messages transmis sous la forme d’un flyer. Du matériel préventif, comme des matelas spéciaux, a également été acheté afin de favoriser les décharges des zones d’appuis à risque.

Le troisième axe, la « Formation », a pour objectif de former l’ensemble du personnel soignant à la pratique de soins préventifs d’escarres, notamment au moyen d’un dispositif de elearning lors de l’intégration des nouveaux collaborateurs et collaboratrices, ainsi que par des ateliers de formation continue. Le quatrième axe, intitulé « Professionnels relais », vise à identifier des personnes de référence dans chaque unité de soins, formés spécifiquement à la prévention des escarres. Le dernier axe se nomme « Communication des indicateurs de performance ». Il comprend une enquête annuelle de prévalence et des audits ciblés dans les unités de soins. La prévention est le meilleur traitement des escarres.

La prévention est le meilleur traitement des escarres.

Qui s’occupe de l’implantation de la "Trousse des mesures minimales" requises au CHUV?

Le programme est chapeauté par une coordinatrice et trois infirmières spécialisées en plaie et cicatrisation et une infirmière clinicienne spécialisée. Au sein de chaque service du CHUV, la mise en œuvre se fait avec la collaboration des équipes d’encadrement, ainsi que des professionnels qui ont suivi des formations spécifiques.

La prévention et la gestion des escarres font l’objet d’une responsabilité collective de tous les soignants, cadres de soins, ergothérapeutes, nutritionnistes, physiothérapeutes et médecins.