2.3

Réadmissions potentiellement évitables

Lorsqu’un patient revient au CHUV moins de trente jours après sa sortie de l’hôpital, on parle de réadmission. Certains de ces retours sont prévisibles ou même planifiés, suite à une opération, ou lorsqu’un traitement au long cours (par exemple en cas de cancer) demande que le patient revienne séjourner au sein de l’institution. Mais d’autres réadmissions sortent de ce cadre. Il faut alors se demander si le retour du patient résulte d’un problème dans sa prise en charge. Une infection suite à une opération peut se déclarer une fois le patient rentré chez lui ou l’organisation de la sortie vers le domicile peut ne pas avoir été gérée de manière optimale. Afin d’améliorer la qualité des soins, il est donc important d'identifier les réadmissions qui pourraient être évitées. Il faut se demander si le retour d’un patient à l’hôpital vient d’un problème dans sa prise en charge.

Il faut se demander si le retour d’un patient à l’hôpital vient d’un problème dans sa prise en charge.

Dans son set d’indicateurs, l’Association nationale pour le développement de la qualité dans les hôpitaux et les cliniques (ANQ) a retenu le taux de réadmissions potentiellement évitables à trente jours calculé par l’algorithme SQLAPE®.

Si une admission survient dans un délai de trente jours après la sortie du patient, cet algorithme identifie si la réadmission était potentiellement évitable et calcule un taux pour le CHUV. Son calcul se base sur les données médico-administratives, dont les codes de diagnostic ; il prend en compte les caractéristiques des patients et la complexité des situations. Ce taux est comparé à un taux attendu, basé sur les données de la Suisse entière pour les années 2007 à 2012. Le taux du CHUV peut ensuite être comparé avec ce taux attendu.

Taux de réadmissions potentiellement évitables

Le CHUV suit cet indicateur semestriellement. Par rapport à 2013, les résultats du premier semestre 2015 montrent un taux plus élevé que ce qui est attendu, une situation probablement à mettre en lien avec l’engorgement du CHUV au début de l’année ; des personnes ont pu être renvoyées chez elles un peu trop tôt ou des interventions différées, afin de faire face à la demande.

Limite supérieure attendue, selon les caractéristiques des patients

Pourcentage de réadmissions potentiellement évitables au dessus de la limite

Pourcentage de réadmissions potentiellement évitables au dessous de la limite

Nombre de réadmissions potentiellement évitables

Un indicateur très important

Personnes de référence :

Anne-Claude Griesser, directrice médicale adjointe
Estelle Lécureux, responsable des indicateurs cliniques

Légèrement supérieur à la limite maximale attendue, le taux de réadmissions potentiellement évitables du CHUV fait l’objet d’une attention particulière.

Le nombre de réadmissions potentiellement évitables que connaît un hôpital comme le CHUV est une donnée associée à plusieurs facteurs. Son niveau s’explique en partie par le fait que le CHUV a pour mission de prendre en charge les patients les plus sévèrement atteints de la région vaudoise. Certains sont transférés au CHUV en provenance d’autres établissements. De par leur état de santé, ces patients ont une propension plus importante à développer des complications, ou à voir leur maladie s’aggraver une fois rentrés chez eux, et donc à devoir être réadmis au sein de l’institution.

Assurer une bonne transition

Dans le domaine de la chirurgie, les réadmissions potentiellement évitables peuvent être dues à des complications postopératoires comme des problèmes d’infections ou des saignements. En médecine interne, ce type de retour au sein de l’hôpital peut concerner des patients qui souffrent d’une maladie chronique, insuffisamment stabilisée. Par exemple, après avoir été soigné au CHUV pour une insuffisance cardiaque, un patient rentre chez lui, mais quelques jours plus tard, le problème peut ressurgir ; il faut donc le réadmettre à l’hôpital. Cette situation concerne environ 20% des patients.

Pour les patients souffrant d’une insuffisance cardiaque, le Service de médecine interne a développé un plan de transition pour assurer la coordination et la continuité des soins. Ce plan comprend quatre axes principaux. Tout d’abord, le renforcement des connaissances du patient vis-à-vis des signaux d’alerte à observer, l’incitant à prendre contact sans attendre avec son médecin traitant. Deuxièmement, après une vérification systématique des médicaments, un plan de traitement pour le domicile est préparé et expliqué au patient ; il est ensuite communiqué à sa pharmacie et à son médecin traitant. Troisièmement, l’équipe du CHUV assure un suivi téléphonique jusqu’à la première consultation chez le médecin traitant. Enfin, l’ensemble des informations nécessaires au bon suivi du patient à domicile sont communiquées au médecin traitant et à l’équipe de soins à domicile, lorsque celle-ci intervient. Le taux de réadmissions potentiellement évitables aide à rester vigilant.

Le taux de réadmissions potentiellement évitables aide à rester vigilant.

Ce plan de transition a fait l’objet d’une étude qui observe son effet sur le taux de réadmissions potentiellement évitables. Il constitue la base pour des projets institutionnels futurs comme la vérification systématique de la médication à l’entrée.

La pression des engorgements

Améliorer le délai de la lettre de sortie (voir chapitre 2.2) permet également d’agir sur le taux de réadmissions potentiellement évitables, en touchant cette fois les patients tous services confondus. Si un médecin traitant ne dispose pas d’informations sur son patient lorsqu’il sort de l’hôpital, il va lui être difficile d’assurer la continuité du traitement instauré à l’hôpital ; il risque par exemple de changer son traitement à mauvais escient. Plus le délai de transmission des lettres de sortie sera court, plus le taux de réadmissions potentiellement évitables a des chances de baisser.

Mais un autre élément de poids peut agir sur le taux de réadmissions potentiellement évitables. Lorsque le CHUV est engorgé, l’hôpital subit une forte pression afin de libérer des lits pour permettre d’accueillir de nouveaux patients nécessitant des soins urgents. Il peut arriver qu’un patient sorte un peu trop tôt, et connaisse par exemple un regain de douleur ; il est alors possible qu’il se représente à l’hôpital pour adapter son traitement antalgique. De la même façon, la recherche d’efficience qui guide la gestion des soins au CHUV comme ailleurs pousse à diminuer la durée moyenne des séjours à l’hôpital. Certains patients rentrent chez eux, alors qu’ils pourraient séjourner un ou deux jours de plus à l’hôpital. Le taux de réadmissions potentiellement évitables aide le CHUV à rester vigilant pour que ces situations soient des exceptions.