Au-delà des infrastructures, la transformation numérique repose sur un cadre stratégique et éthique clair. Parallèlement au déploiement du DPI, le CHUV entend préciser sa stratégie numérique et son cadre normatif, en particulier s’agissant de l’usage des données sensibles. Il s’agit notamment de fixer les principes d’utilisation des données cliniques et administratives dans les développements recourant à l’intelligence artificielle, afin de garantir la protection des patientes et patients, la transparence des pratiques et l’alignement de ces innovations avec les valeurs et les missions de l’institution.
En 2025, la Direction des systèmes d’information, en étroite collaboration avec la DIRC (Direction de l'information et de la recherche clinique), a franchi une étape clé dans l’exploitation des données de santé au service de la recherche et de l’innovation clinique. Dans un contexte d’essor de la science des données et de l’intelligence artificielle, l’objectif est celui d’une gouvernance exigeante: permettre une utilisation sécurisée, responsable et efficace des données des patientes et patients ayant donné leur consentement.
L’année a été marquée par une contribution déterminante du CHUV au Swiss Personalized Health Network (SPHN), initiative nationale qui permet de partager des données harmonisées entre institutions. Le jeu de données fédéré a atteint une échelle inédite – diagnostics, traitements, laboratoires, signes vitaux, données de soins intensifs – et il est structuré selon des standards internationaux (SNOMED CT, LOINC). Il intègre désormais plus de 800’000 patients, dont environ 100’000 du CHUV, et alimente déjà plusieurs cohortes nationales associant l’institution: LUCID en médecine interne, SwissPedHealth en pédiatrie, ADONIS en néonatologie ou encore IICU en infectiologie et soins intensifs.
Les retombées sont concrètes: plus de 350 demandes d’extraction de données sont traitées chaque année, dont près d’un tiers s’appuie sur ces données standardisées, facilitant la constitution de cohortes ainsi que la gestion des registres et des biobanques. En parallèle, une modernisation majeure du data warehouse a amélioré l’accès aux informations complexes, telles que les images médicales ou les données continues des soins intensifs – autant d’évolutions qui ouvrent la voie à de nouvelles analyses et au développement de l’hôpital numérique.
Symbole de l’approche prudente et rigoureuse du CHUV en matière d’intelligence artificielle, le projet Meditron est entré en 2025 dans une phase décisive.
Développé depuis 2023 par l’EPFL, Meditron est un grand modèle de langage génératif, open source, conçu pour épauler les cliniciennes et cliniciens dans leurs décisions. Sa particularité tient à une infrastructure capable de «médicaliser» différents modèles open source et de les adapter aux besoins linguistiques et réglementaires de chaque établissement. Au CHUV, son entraînement et son affinage ont mobilisé plus de 300 praticiennes et praticiens, sous la supervision du Service des maladies infectieuses, pendant un peu plus d’un an; la version retenue repose sur un modèle récent jugé le mieux adapté aux besoins cliniques et linguistiques de l’institution.
Fort d’un soutien de près de 4 millions de francs du Fonds national suisse, le CHUV engage des essais cliniques d’une durée de quatre ans, commençant début 2026 au Service des urgences – un terrain où le volume de patientes et patients et la nécessité de décisions rapides favorisent une surutilisation des examens et des traitements. Trois scénarios seront évalués: la surprescription d’antibiotiques pour les infections respiratoires, et le recours parfois excessif au scanner en cas de traumatisme crânien mineur, ou en cas de douleurs abdominales. L’essai, randomisé, comparera la prise en charge habituelle à une prise en charge assistée par les recommandations de l’outil; les cas seront d’abord analysés rétrospectivement, avant toute assistance directe. Les données demeurent anonymisées et ne quittent pas le CHUV.