En 2025, le Service de cardiologie a confirmé son rôle de pôle d’excellence en recherche translationnelle, à l’interface entre innovation technologique et médecine de précision. Plusieurs projets, soutenus par le Fonds national suisse et le programme Sinergia, l’illustrent. En collaboration avec l’EPFL et l’Université de Leipzig, les unités d’électrophysiologie et d’IRM interventionnelle développent une approche de traitement des arythmies complexes guidée en temps réel par IRM – sans rayons X, avec une localisation tridimensionnelle précise des foyers et un contrôle exhaustif des lésions d’ablation – qu’un simulateur de réalité virtuelle augmentée viendra renforcer pour la formation des équipes. En parallèle, la technique du flux 5D ouvre la perspective d’un suivi non invasif des cardiopathies congénitales, qui touchent environ 1% des naissances et imposent aujourd’hui des examens répétés et invasifs.
D’autres projets complètent cette dynamique: STAR-INOCA s’intéresse aux personnes souffrant d’angine malgré des coronaires sans obstruction, une condition fréquente mais sous-diagnostiquée, en s’appuyant sur la consultation INOCA/ANOCA, pionnière en Suisse; SwissCardIA, étude de cohorte nationale menée avec l’EPFL et les HUG, suivra quant à elle 1000 patientes et patients sur trois ans pour développer des algorithmes d’intelligence artificielle capables de détecter précocement le risque d’infarctus – positionnant d’ores et déjà le CHUV comme un acteur clé de la cardiologie numérique.
Le Service de chirurgie thoracique a contribué à une étude internationale, menée par le Toronto Lung Transplant Program, susceptible de faire évoluer les standards de conservation des greffons pulmonaires. L’enjeu: passer de la conservation traditionnelle à 4°C – au contrôle thermique imparfait et au risque de quasi-gel tissulaire – à une température modérée de 10°C, à laquelle les mitochondries semblent mieux résister au stress métabolique de la reperfusion. Portant sur 300 patientes et patients à l’échelle internationale, dont 21 au CHUV, l’étude montre que cette approche permet de doubler la durée de transport des poumons, d’environ six à douze heures. Un gain organisationnel majeur – facilitant la planification et réduisant les transplantations en urgence nocturne – rendu possible par un dispositif de glacière passive sans alimentation électrique, sûr et adapté aux longues distances.
Créée conjointement par le CHUV et l’UNIL, la Biobanque génomique du CHUV (BGC) centralise des échantillons biologiques ainsi que des données génétiques et cliniques issues de milliers de patientes et patients volontaires. Elle constitue une ressource de premier ordre, mise à la disposition des chercheuses et chercheurs des deux institutions pour faire progresser la recherche, notamment vers de nouvelles thérapies et approches diagnostiques. En 2025, un effort particulier a été consacré à mieux la faire connaître auprès de la communauté scientifique – page dédiée, reportage et vidéo de présentation, relais sur les canaux du CHUV et de la FBM – afin d’amplifier l’usage d’un outil au fort potentiel pour la recherche translationnelle.
Publiée simultanément dans Nature et Nature Medicine en septembre 2025, une série de travaux menés par la Pre Jocelyne Bloch (neurochirurgienne au CHUV) et le Pr Grégoire Courtine (EPFL), codirecteurs de NeuroRestore, avec des équipes des Pays-Bas et du Canada, apporte une réponse à une conséquence aussi invalidante que méconnue des lésions de la moelle épinière: l’instabilité de la pression artérielle. Alors que la recherche s’est longtemps concentrée sur la récupération motrice, plus de 70% des personnes concernées souffrent d’une hypotension chronique – fatigue, ralentissement cognitif, malaises – et de pics de tension parfois mortels (dysréflexie autonome), dus à l’interruption des connexions entre le tronc cérébral et la moelle.
Les équipes ont d’abord cartographié l’architecture neuronale responsable de ces dérèglements, identifiant une région clé – un «point chaud» hémodynamique –, puis conçu un système de neurostimulation implantable, baptisé ARC-IM et développé avec la société ONWARD Medical, capable de cibler précisément cette zone. Testée auprès de quatorze patientes et patients dans quatre études cliniques en Suisse, aux Pays-Bas et au Canada, la thérapie restaure une pression artérielle fonctionnelle en quelques minutes et améliore l’énergie, la clarté cognitive et l’autonomie au quotidien. ONWARD Medical a depuis obtenu de l’agence américaine FDA l’autorisation de lancer un essai pivot, étape vers une diffusion plus large.
Peut-on activer le système immunitaire par la seule perception d’une menace? Une étude du CHUV et de l’Université de Genève, publiée dans Nature Neuroscience, le démontre: confronté en réalité virtuelle à l’approche d’un avatar présentant des signes d’infection, le cerveau d’une personne saine déclenche une réponse immunitaire comparable à celle d’une infection réelle. Menés sur quelque 250 participantes et participants par les équipes du Pr Andrea Serino (Service universitaire de neuroréhabilitation du CHUV) et de la Pre Camilla Jandus (UNIGE), les travaux ont mesuré – par électroencéphalographie, IRM et analyses sanguines – l’activation de régions cérébrales liées à la détection des menaces ainsi que la présence de marqueurs immunitaires typiques, étonnamment proches de ceux observés après une vaccination.
Cette découverte met en lumière un dialogue jusqu’ici inconnu entre le cerveau et le système immunitaire, le premier engageant l’organisme dans une réponse défensive avant même l’intervention d’un agent pathogène. Elle ouvre des pistes pour la compréhension des effets placebo, des troubles psychosomatiques et de la modulation de l’immunité et, à terme, l’éventualité d’usages thérapeutiques – du soutien à l’efficacité des vaccins à la désensibilisation des personnes allergiques.
Comment étudier une maladie auto-immune dans un organe aussi inaccessible que le cerveau, sans pouvoir en prélever un fragment? Fruit de treize ans de recherche au Laboratoire de neuro-immunologie du CHUV, sous la conduite du Pr Renaud Du Pasquier (chef du Service de neurologie et doyen de la FBM), une étude publiée dans Nature Communications valide une réponse fondée sur les cellules souches pluripotentes induites (iPSC). Le principe: reprogrammer des cellules prélevées chez une personne – par prise de sang ou biopsie cutanée – pour les différencier en neurones, et mettre ainsi en présence, chez un même individu, la cellule cible (le neurone) et la cellule potentiellement attaquante (le lymphocyte).
Appliquée à l’encéphalite auto-immune, la méthode établit que les lymphocytes T CD8+ – les «cellules tueuses» du système immunitaire – ciblent bel et bien les neurones, et identifie la sous-population précise en cause. Au-delà de cette pathologie, elle offre un outil d’investigation applicable à toute maladie auto-immune touchant un organe difficile d’accès, du pancréas au cœur. L’équipe l’explore déjà pour la sclérose en plaques, qui concerne quelque 18’000 personnes en Suisse.
Une activation excessive du complément – l’une des composantes du système immunitaire – peut être à l’origine de pathologies, en particulier rénales. La glomérulopathie à dépôts de C3 en est un exemple typique: l’accumulation de fragments de protéines du complément dans les filtres du rein, les glomérules, entraîne leur destruction. Rare mais très sévère, longtemps dépourvue de traitement efficace, cette maladie conduit environ deux tiers des patientes et patients – enfants comme adultes – vers une insuffisance rénale nécessitant la dialyse; elle peut en outre récidiver après une transplantation rénale, jusqu’à la perte du greffon, ce qui limite l’accès à la greffe.
Un espoir se dessine désormais. Un nouveau médicament, le pegcetacoplan, a été testé chez 124 personnes atteintes de glomérulopathie à dépôts de C3, dans le cadre d’un essai clinique multicentrique mené dans 19 pays – conçu et coordonné par le Pr Fadi Fakhouri, chef du Service de néphrologie et d’hypertension du CHUV et expert de cette maladie. Les résultats sont spectaculaires: en inhibant l’activation excessive du complément, le traitement élimine les dépôts de protéines du complément dans le rein chez plus de 70% des patientes et patients et réduit la protéinurie, contribuant à préserver la fonction rénale et à éviter la dialyse ou la transplantation. Cette étude renforce l’expertise du Service de néphrologie et d’hypertension dans le domaine des maladies rénales liées au complément.
pour l’enveloppe académique de l’UNIL pour le CHUV dans les comptes 2025
projets ont été financés par le Fonds national suisse (FNS), pour un montant de 24,8 millions de francs