La recherche hospitalière est par nature une réponse aux complexités les plus profondes: celles du vivant, de la maladie, de la guérison et du progrès de la médecine. Le CHUV a poursuivi sa dynamique d’innovation, en articulant rigueur académique, utilité clinique et impact collectif.
Ce chapitre témoigne d’avancées remarquables dans des domaines exigeants: thérapies cellulaires CAR-T, médecine nucléaire de précision, stimulation cérébrale profonde, science des données appliquée à l’oncologie, la cardiologie ou la dermatologie. Il met également en valeur les structures qui rendent possible cette recherche translationnelle: plateforme technologique, valorisation industrielle, gouvernance éthique du consentement, soutien à la relève.
Au CHUV, l’innovation ne se résume pas à l’exploration de l’inédit. Elle s’incarne dans une vision responsable: développer des approches nouvelles parce que les situations cliniques le réclament, parce que les patientes et patients n’ont pas toujours de solution standard, parce que les défis posés par certaines pathologies exigent d’autres trajectoires que celles déjà balisées. C’est dans cette tension fertile entre complexité et créativité que le CHUV affirme sa singularité au sein de l’écosystème hospitalo-universitaire.
Le laboratoire NeuroRestore, co-dirigé par le Pr Grégoire Courtine (EPFL) et la Pre Jocelyne Bloch (CHUV), a enregistré une nouvelle avancée spectaculaire dans le traitement des lésions de la moelle épinière. En appliquant une stimulation cérébrale profonde ciblant l’hypothalamus latéral, deux personnes souffrant de paralysie complète ont retrouvé une capacité de marche autonome.
Cette technique innovante leur a permis, entre autres, de se lever, de marcher sans assistance et même de monter des escaliers – un exploit qui ouvre des perspectives cliniques majeures pour les personnes paraplégiques. Ce résultat, fruit d’un effort interdisciplinaire réunissant neurochirurgie, ingénierie, neuroscience fondamentale et rééducation, confirme le positionnement international de NeuroRestore comme l’un des pôles de recherche en neuroréhabilitation les plus avancés.
Cette année a également permis au laboratoire de consolider ses collaborations scientifiques et ses plateformes technologiques, en particulier pour le développement d’interfaces neuronales adaptatives et de protocoles de stimulation sur mesure.
Le bureau de transfert technologique PACTT (pour powering academia-industry collaborations and technology transfer), piloté conjointement par le CHUV et l’UNIL, a mis les bouchées doubles. Plus de 40 nouvelles divulgations d’invention ont été enregistrées, couvrant des domaines aussi variés que le diagnostic de précision, les dispositifs médicaux, les biothérapies ou encore les outils numériques appliqués à la santé.
Le PACTT a soutenu plusieurs dépôts de brevets suisses, européens et internationaux, contribuant à la protection et à la valorisation des résultats issus des laboratoires hospitalo-universitaires. En parallèle, il a facilité la mise en relation avec des industriels pour la signature de licences technologiques ou la création de start-up issues de la recherche. Ces activités, souvent discrètes mais stratégiques, assurent la transformation concrète des avancées scientifiques en solutions au service des patientes et patients, tout en favorisant l’attractivité du CHUV dans l’écosystème de l’innovation biomédicale. En renforçant ses interactions avec les unités cliniques, le PACTT joue un rôle de catalyseur essentiel pour l’innovation translationnelle.
Grâce au Centre de la science des données biomédicales, rattaché à la Direction de l’innovation et de la recherche clinique du CHUV, l’institution affirme son rôle de leader dans le monde en pleine évolution de la science des données appliquées (médecine personnalisée) et de l’intelligence artificielle en médecine.
Une vaste étude d’analyse transcriptomique spatiale a été réalisée, grâce à un partenariat avec de prestigieux centres européens et via une collaboration publique-privée, sur des échantillons tumoraux de plus de 500 patientes et patients en oncologie. Les données générées permettront, grâce à l’intelligence artificielle, de mieux comprendre la biologie des tumeurs et de mieux cibler les réponses aux traitements. Grâce à la collaboration avec le Service de dermatologie, l’analyse génomique de prélèvements cutanés a permis d’identifier plusieurs signatures immunitaires distinctes chez des personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques, ouvrant la voie à des traitements personnalisés, sur mesure. Ces résultats ont d’ores et déjà un impact sur les pratiques cliniques.
Le nouveau Centre d’IRM interventionnelle a accueilli son premier patient pour une ablation d’arythmie cardiaque. Unique en Suisse et quasi unique en Europe, ce centre marque une avancée majeure pour le Département cœur-vaisseaux et le Service de cardiologie. Dédié à la recherche et au développement de techniques guidées par l’imagerie, il vise à traiter une centaine de personnes dans le cadre d’une étude financée par le Fonds national suisse.
Ce dispositif associe plusieurs technologies de pointe: une IRM en temps réel, un cathéter d’ablation compatible avec l’IRM, un logiciel de réalité augmentée reproduisant en 3D l’intérieur du cœur, et un simulateur d’entraînement avancé (ARTSim) intégré au dispositif – une première mondiale –, fruit d’une collaboration entre le CHUV, l’EPFL et d’autres partenaires techniques. Ce simulateur permet aux équipes de répéter des interventions complexes sur modèle virtuel personnalisé avant d’intervenir sur le patient réel.
Le Service de médecine nucléaire et imagerie moléculaire a poursuivi le développement de la radiothérapie interne vectorisée, une approche combinant diagnostic et traitement (théranostique). En tout, 362 thérapies ont été administrées, notamment pour les cancers thyroïdiens, prostatiques ou hépatiques (+8 % par rapport à 2023).
Les équipes ont mené à bien une étude de phase I sur le radio-isotope Lu-177-PSMA pour le traitement des sarcomes des tissus mous. Le CHUV a par ailleurs été reconnu comme centre d’oncologie clinique translationnelle (translational clinical oncology, TCO) par Novartis, renforçant son rôle dans les essais cliniques de thérapies par radioligands.
Sous l’impulsion de la Direction de la recherche et de l’innovation clinique, le CHUV a poursuivi l’harmonisation de ses standards de recherche clinique. L’Unité du consentement à la recherche a lancé un e-learning sur le consentement général ainsi que des ateliers sur l’usage éthique des données de santé.
Le déploiement du consentement général a été élargi au pôle pédiatrique. Les enfants et leurs parents peuvent désormais décider de mettre à disposition leurs données ou échantillons pour la recherche. Une vidéo pédagogique a été développée à cet effet.
L’Unité d’évaluation technologique de la Direction de la recherche et de l’innovation clinique a conduit dix expertises médico-économiques sur de nouveaux dispositifs médicaux (robotique chirurgicale, neurostimulation, etc.).
En lien avec plusieurs départements cliniques, elle a également accompagné les réflexions stratégiques sur la phagothérapie, le dépistage du cancer pulmonaire ou la thérapie FLASH. Ce travail d’analyse contribue à une innovation hospitalière mesurable, utile et justifiée.
L’Unité d’investigation clinique du Centre de recherche clinique du CHUV a poursuivi son soutien aux principaux essais cliniques interventionnels, qui représentent désormais 40% des projets soutenus. Cette dynamique témoigne de la volonté du CHUV de rester à la pointe de la recherche clinique interventionnelle, indispensable aux avancées thérapeutiques cliniques, en s’appuyant sur des expertises reconnues et des infrastructures adaptées.
En neurosciences psychiatriques, un don exceptionnel de la Fondation NeuroNA a permis d’élargir la plateforme de reprogrammation cellulaire du CHUV, renforçant sa capacité à explorer les mécanismes des maladies mentales.